Apocalypse Beach, roman

par Tanguy Lambert | Sommaire

Mon amoureuse suédoise

« Where are you from ? Sweden ! » Evidemment la réponse vous scotche, surtout moi, au moment où Kook Hee entre dans ma chambre pour y poser son sac… j’étais à Yoshida House, au sud-est de Tokyo, dans le quartier paisible de Nerima, et la logeuse lui avait attribué un futon juste à côte du mien, tout est overprice au pays du soleil levant, on est toujours à quatre par chambre dans les hôtels de voyageurs.

Kook Hee avait eu le coup de foudre, boom direct, mais j’avais mis deux semaines à m’en rendre compte comme un idiot, plus tête en l’air que moi t’es mort, je ne sais toujours pas comment elle a fait, tout ce temps, pour dormir à deux mètres de moi sur le même tatami sans bouger d’un millimètre, l’impassibilité asiatique sans doute…

Une orpheline trouvée dans la rue à Séoul et adoptée, atavisme familial, je passe mon temps à adopter… une suédoise à 100%, et tu peux enfin manger tranquille tes harengs à la crème au petit déjeuner avec deux Wasa sans avoir à supporter les railleries déplacées d’une parisienne… c’est déjà ça. Chez Ikea il n’y a qu’une chose qui mérite le détour: les harengs, le reste on s’en fout
Avec Kook Hee, on a pas arrêté pendant dix ans, de se croiser en Asie, de se rater, de se retrouver, de se quitter, de s’aimer, toujours dans la douceur, les couples impossibles des voyageurs qui savent que les routes partent dans toutes les directions, l’aventure au quotidien, jamais sur pause, toujours on the road again, toujours à 300 à l’heure…

Une fois c’était trop mignon, au Ferry Port de Surat-Thani j’attendais le Songserm Express pour Kôh Samuï, et je la vois arriver assise au milieu du pont entre les sacs… boum boum… à 200 mètres, même en cas de brouillard, on a les yeux dans les yeux immobiles, tellement on est connecté.

Puis cinq minutes à se serrer dans les bras en rigolant, et je dois filer, le sifflet du chef de bord est en mode très autoritaire, les amarres sont à la main, tu cours sur la passerelle que l’on détache, et tu n’as plus qu’à la regarder disparaitre peu à peu, ton bateau est parti, elle reste sur le quai, et quand c’est trop loin, les quatre bras s’agitent dans les airs et tout s’évapore, une seconde après tu es tout seul au monde, tu verses une larme quand même…

Au dos de cette photo: « Taëngo ! Think about me sometimes, with love from Kook Hee », c’est pas des fois, c’est tout le temps Kook Hee, t’inquiète, I love you

Le parrain Yakuza

I will surf this fuckin’ place