Apocalypse Beach, roman

par Tanguy Lambert | Sommaire

Le Hamac de Rahan, 1997

C’était le temps où les jeunes filles aimaient bien venir lire sur ma terrasse, maintenant la coursive au soleil en plein milieu de la cité de Belleville est nettement moins busy, y’a le chat noir de ma fille quand même, t’avais kapa qu’à quitter ta plage, c’est bien fait pour toi

La Niniata s’y est attardée un peu longtemps, elle c’est particulier… c’est la mère des mes filles, elle aurait sans doute préféré que j’écrive la mère de nos enfants, non ? … et là le fidèle lecteur de mes brouillons Facebook se dit, non mais c’est quoi cette histoire, c’est qui celle là dont on a jamais entendu causer depuis quinze ans?… et en plus elle est trop belle !… à un moment elle doit bien surgir de quelque part pour entrer sur scène, et comme c’est la pleine lune rose, on en profite… c’est l’auteur de ma phrase culte: « C’est pas tout de dire aux copines qu’on sort avec Rahan, faut encore aller dormir dans la grotte », merci la Niniata pour ce grand moment de lucidité, I love you… quand tu parles comme ça…

Le hamac brésilien est génialement confortable, vautré dedans c’est une berceuse interminable sous la danse des palmes et des brises tropicales, le lit idéal des voyageurs, replié il tient au fond du sac et avec deux cordes tu peux dormir tranquille n’importe où, surtout les nuits sans lune où comme un idiot tu t’es perdu dans la jungle d’Avatar, mais ça va, tu sais faire des torches avec des vieilles palmes de coco pliées en deux, c’est Mister Hang, le vieux sage qui t’a appris, il ne peut rien t’arriver si t’as un hamac et des allumettes.

A la mousson ce n’est plus la douce danse avec les palmiers, c’est violent, c’est guerrier, la maison se referme entièrement, les coups de vents arrivent de face par vague comme des gifles d’un géant, tout vibre, la maison ploie sans rompre, elle est conçue pour ça, souple et déformable comme un cocotier, des citernes d’eau inimaginables tombent du ciel gris, le toit de chaume ne bronche pas, et quand tu as trop peur, tu descends sous la maison à l’endroit le plus protégé, le chien y est déjà…