Apocalypse Beach, roman

par Tanguy Lambert | Sommaire

Le foutoir de la Full Moon Party

Y’avait quand même que moi pour foutre un bordel pareil, il faut l’avouer, qui d’autre aurait osé un tel délire, imaginer une fête tellement énorme qu’elle allait durer en pire des décennies plus tard… il faudra bien un jour que je me décide à raconter cette histoire de « Panik on the Beach » sans chercher d’excuse minable sur un ton niais du style – je ne sais pas par où commencer – mais si tu sais, mais c’est pour plus tard… on ne devait pas être plus d’une cinquantaine la première fois, et j’avais déjà raflé le stock intégral de peinture fluo de la droguerie la plus proche: c’est à dire loin…

In Techno We Trust. Contrairement aux légendes urbaines et aux tendances floues de Wikipedia, le flou est très à la mode en ce moment, les raves et la techno ne sont pas nées à Chicago, mais à Katmandu dans les années 60, trois freaks qui commencent à danser et descendent à Goa, l’histoire est racontée par Charles Duchaussoy dans son paperback mythique « Flash », j’était critique de rock à 20 ans, j’ai les noms et des fiches… lol

…vers minuit avant d’aller dynamiter la party, on aimait se retrouver dans un bungalow caché qui domine la plage, pour admirer vu de haut cette vague lumineuse, comme un serpent fluo qui danse de nuit, et chaque full moon on voyait grossir inexorablement nôtre fête à nous sans trop comprendre, mais totalement émerveillé. Le théâtre est parfait, la lune se lève juste au milieu de la plage… et à la fin de la nuit, c’est au tour du soleil.

Un jour le chef du village a débarqué mal réveillé en sarong à 7 heures du matin pour faire tout arrêter, on devait déjà être mille, et lui c’est pas du genre commode, ses hommes de mains étant plutôt directement virils, et par avance, dans toutes les discussions possibles, je m’étais éclipsé fissa, mais le mois suivant j’avais renvoyé le même foutoir à la même heure et au même endroit… en me montrant ostensiblement ailleurs à 12km, genre « c’est pas moi, hein, j’ai rien fait »

… c’était parti, c’était gagné, plus rien ne pouvait arrêter cette énergie de dingue, champagne, et quand la Full Moon Party de Haddrin a passé le cap des 5 000 sur la plage, on a cessé de compter, plutôt sidérant… too big… pour se retrouver entre nous on a fait la black moon, et ils ont fait pareil… puis on a fait la half-moon dans des coins planqués, et ils ont fait pareil… on a compris alors que le monstre nous avait échappé, ce n’était plus notre histoire mais celle du monde entier, too much, le mythe était né… et on pouvait repartir à nos occupations.

Je me suis souvent demandé si j’avais pas fait une ânerie de trop, la fête industrielle a fini par ravager la cocoteraie, et puis non, la danse c’est la vie…

ite missa est.

Mama Fuya à Haddrin

L’Empereur, 1989