Apocalypse Beach, roman

par Tanguy Lambert | Sommaire

Square Rebéval, 2021

C’est le moment de la vie où tu n’as plus d’autre choix, c’est soit le café au lait immonde de la boulangerie orientale sur un banc du boulevard bruyant, soit la noisette allongée du buraliste chinois au calme dans une futaie urbaine, mais au final, t’as toujours un gobelet plastique moche en CO2 négatif, et comme tu es à Belleville, avant de te poser dans ton oasis matinal, on t’a déjà sur le chemin demandé dix fois « ça va? », j’ai malheureusement l’âge de la clientèle, mais le « tu montes chéri? » d’autre fois était quand même plus drôle, je vais finir par m’imprimer un t-shirt « ça va bien » comme les sweats de Katmandou « no haschisch, no traveller’s, no diamonds »…

Il n’y a qu’à Saïgon qu’on retrouve un parfum du mystère des terrasses parisiennes encore que les chaises ressemblent plus à des méridiennes et que le café soit trop amer. On comprend alors finalement que Yersin préférât sa jungle et ses éléphants de Nah Trang au triste spectacle des rues puantes de Saïgon, pardon oncle Hô, fils de sous-préfet de tradition confucéenne, je n’est pas changé le nom de cette ville, mais je parle toujours de Mumbaï et jamais de Bombay, et un jour on reviendra à Saïgon car on fini toujours par déboulonner les statues et brûler les idôles, ou sacrifier au couteau de nuit le chef de tribu, Marlon Brando en sait quelque chose… il fallait être complètement barré pour commencer un film de guerre par The End, avec épandage de napalm au soleil couchant, surf sous le bruit des 12.7 et tireur de lance roquette sous acide parce que comme ça il ne rate jamais sa cible de nuit.

This is the end, beautiful end.