17 ans, droguée, prostituée
Ce matin, de mon côté, je n’ai pas pris mon café aux Folies ni dans une brasserie à fauteuil en osier, mais à l’unique bar encore debout du square des crackers porte de la Villette, privilège réservé, j’ai droit à l’unique chaise de la terrasse planquée derrière une grille, c’est plus safe semble t-il. Je suis dans une cage. Un euros quand même la café, le Sénégalais malin qui gère le truc dans son thermos en vend 50 par jour, belle affaire… J’offre une cigarette à Ramzi, 50 cents, là franchement c’est abusé, que fait t-on du pouvoir d’achat des damnés de la terre si les clopes sont à ce prix là !
Autour de la terrasse grillagée (photo), c’est la folie en direct qui se réveille, les zombies* qui n’ont plus le courage de marcher se déplacent comme des crabes, partout ça fume du H et un peu de crack, les feux de bois servent de radiateur, ils m’ont pas eu trop froid cette nuit, même si la police a nettoyé et démonté hier toutes les cabanes en bois, c’est encore aussi sale qu’un bidonville de Mumbai, c’est la cour des Miracles, le bal des maudis, le bouillon des poisons.
Les forces de polices commencent à arriver en masse, deux compagnies de CRS encerclent le camp et bouclent le quartier, l’ambiance est totalement flippante et révoltante, choqué, je dégage du troquet pour filer vers Pantin. J’ai l’habitude de les voir, mais ce matin c’était l’horreur…
La café est excellent, le meilleur que j’ai bu à Paris, je vous recommande vivement ce bistrot… allez-y.
Aujourd’hui les élus de Paris sous les ors de la République vont déposer des vœux puis iront à leur cantine habituelle avec leurs tickets de restaurant dématérialisés. Tout va bien…
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* On me reproche parfois d’utiliser le mot zombie, une partie des crackers sont effectivement des zombies au sens haïtien, et les nommer ainsi leur redonne de l’humanité, sinon ils sont quoi ? des monstres au stade animal. Zombie est le juste terme.